En 1889, Serko, un hongre gris de race amourskaïa, a parcouru 8838 kilomètres en 154 jours de marche effective à travers la Sibérie. Son cavalier Dimitri Pechkov l’a mené de Blagovechtchensk à Saint-Pétersbourg entre novembre 1889 et mai 1890.
Ce cheval marathonien de 1,37 mètre au garrot a réalisé l’un des exploits équestres les plus extraordinaires de l’histoire.
À la fin du XIXe siècle, l’empire russe s’étendait sur des milliers de kilomètres.
Les chevaux amourskaïa, poneys de Mandchourie vivant dans la région de l’Amour, étaient reconnus pour leur rusticité et leur endurance face aux conditions extrêmes de Sibérie.
Ces animaux étaient alors massivement abattus pour nourrir les ouvriers construisant la ligne de chemin de fer transsibérienne.
Dimitri Pechkov, chef d’escadron de cosaques, a entrepris ce raid pour alerter le tsar Alexandre III sur la disparition programmée de cette race. La race amourskaïa a malheureusement disparu au début du XXe siècle suite à des croisements anarchiques.
En 1889, un petit hongre gris de 1,37 mètre au garrot a réalisé l’un des raids équestres les plus extraordinaires de l’histoire. Serko, cheval de race amourskaïa, a parcouru 8838 kilomètres en 154 jours de marche effective à travers la Sibérie.
Son cavalier, Dimitri Nikolaïevitch Pechkov, chef d’escadron de cosaques, l’a mené de Blagovechtchensk jusqu’au palais de Saint-Pétersbourg. Ce périple a duré 193 jours au total, entre novembre 1889 et mai 1890, sous le règne du tsar Alexandre III.
Un petit cheval aux capacités extraordinaires
Serko ne payait pas de mine. Ce hongre gris présentait un chanfrein fortement convexe, des ganaches lourdes et une encolure épaisse et courte.
Pourtant, ce cheval amourskaïa possédait deux qualités essentielles pour affronter les steppes sibériennes : une rusticité absolue et une endurance remarquable.
La race amourskaïa, également appelée poney de Mandchourie en Chine, vivait dans la région de l’Amour aux confins de la Sibérie tsariste. Ces chevaux supportaient les conditions extrêmes du climat sibérien. La race a malheureusement disparu au début du XXe siècle suite à des croisements anarchiques.
En 1889, Dimitri Nikolaïevitch Pechkov a acheté Serko pour 150 roubles. Ce chef de cosaques âgé de 30 ans était décrit comme un homme à la foi profonde et à l’âme rêveuse. Ensemble, ils allaient accomplir un exploit équestre hors du commun.
Le départ de Blagovechtchensk en novembre 1889
Le 7 novembre 1889, Pechkov et Serko ont quitté Blagovechtchensk. L’objectif officiel était d’alerter le tsar Alexandre III sur le sort des chevaux amourskaïa. Ces animaux étaient tués en masse en Sibérie pour nourrir les ouvriers de la ligne de chemin de fer.
Il s’agissait probablement aussi d’un pari ou d’une tentative d’établir un record. Pechkov voulait surpasser l’exploit de Michka Asseev qui avait relié Lubny près de Kiev à Paris. Ce cavalier avait couvert 2633 kilomètres en 33 jours avec deux juments.
154 jours de marche à travers la Sibérie
Le duo a traversé l’empire russe d’est en ouest. L’itinéraire passait par la taïga et les steppes. Serko et Pechkov ont franchi les grands fleuves sibériens : l’Ienisseï, l’Ob, l’Oural et la Volga.
Le cheval marathonien parcourait environ 60 kilomètres par jour. Ce rythme régulier a permis de maintenir l’endurance de l’animal sur la durée.
Pechkov tenait un journal détaillé consignant la météo, l’état des chemins et les rencontres.
Le voyage a été interrompu pendant plusieurs semaines. Pechkov est tombé malade et a dû rester alité.
Cette pause explique la différence entre les 154 jours de marche effective et les 193 jours de durée totale du périple.
L’arrivée triomphale à Saint-Pétersbourg
Le 19 mai 1890, Serko et son cavalier ont atteint le palais de Saint-Pétersbourg. L’exploit équestre était accompli. Le petit cheval amourskaïa avait traversé un continent entier et prouvé les capacités exceptionnelles de sa race.
Ce raid équestre reste l’un des plus extraordinaires de tous les temps. La distance parcourue, les conditions climatiques extrêmes et la régularité du rythme en font une performance unique dans l’histoire équestre.
Une retraite dorée auprès du futur tsar Nicolas II
Après cet exploit, Pechkov a offert Serko au tzarévitch, le futur Nicolas II. Le cheval a ainsi bénéficié d’une retraite paisible dans les écuries impériales.
Cette reconnaissance officielle témoignait de l’importance de l’exploit accompli.
Serko est mort à 37 ans le 29 avril 1914. Il avait vécu 24 années après son extraordinaire voyage. Le petit hongre gris a été enterré dans la nécropole des chevaux impériaux à Tsarskoïe Selo près de Saint-Pétersbourg. Cette nécropole comptait 122 tombes.
La redécouverte de l’histoire par Jean-Louis Gouraud
En 1988, l’écrivain et éditeur Jean-Louis Gouraud a redécouvert la tombe de Serko. Il a retrouvé les fragments de la pierre tombale dans la nécropole de Tsarskoïe Selo. Cette découverte a ravivé l’histoire du cheval marathonien.
Gouraud a écrit un roman intitulé Serko, publié aux éditions du Rocher. L’ouvrage mélange fiction et réalité pour raconter l’épopée du petit cheval amourskaïa.
Le cinéaste Joël Fargues s’est inspiré librement de ce roman. Il a réalisé un film éponyme sorti en mars 2006. Ces œuvres ont permis de faire connaître l’exploit de Serko au grand public.
L’histoire de Serko rappelle les capacités extraordinaires des chevaux rustiques. Elle témoigne aussi du lien unique qui peut unir un cavalier et sa monture lors d’une aventure exceptionnelle.